En effet, Jeanne d’Albret qui décède peu avant les noces de son fils échappera au massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572, qui a lieu seulement six jours après le mariage d’Henri et de Margot.
Jeanne d’Albret, souveraine protestante (1528 – 1572)
Le caractère intraitable de Jeanne d’Albret fit écrire à l’écrivain Agrippa d’Aubigné « qu’elle n’eut de femme que le sexe ». Succédant à sa mère Marguerite d’Angoulême, esprit remarquable et femme de lettres, Jeanne est plutôt une femme énergique et d’action.
Ainsi, en 1541 à l’âge de douze ans, elle se voit imposer par son oncle le roi de France, François Ier, un mariage avec Guillaume, duc de Clèves, qui est deux fois plus âgé. Jeanne n’en démord pas et ses noces seront une véritable pièce de théâtre : elle fait dicter devant des témoins un texte qui annonce son non-consentement et où elle montre que ce mariage est contre sa volonté.
Le jour des noces, elle aurait même volontairement alourdit sa robe afin de ne pas avancer jusqu’à l’autel. François Ier, prit de court, intervient et demande au connétable de France, Anne de Montmorency de la saisir et de la porter, un service honteux pour l’un des plus puissants seigneurs du Royaume.
Finalement, le mariage sera annulé quatre années plus tard pour des raisons politiques : Guillaume de Clèves battu par les troupes impériales à Düren implore la grâce de l’Empereur mettant de facto fin à son alliance avec François Ier. Il n’a alors plus aucun droit sur son épouse la nièce du roi. De plus, Jeanne n’a jamais consommé son mariage.
Ses secondes noces en 1548 avec Antoine de Bourbon, premier prince de sang, seront plus heureuses, du moins lors de leurs premières années…
Leur vie conjugale sera marquée par de longues séparations, Jeanne d’Albret séjourne régulièrement sur ses terres en Albret ou dans le Béarn alors qu’Antoine de Bourbon tient son rang dans l’entourage royal. Ils resteront, malgré tout, dans la postérité pour avoir donné naissance à un fils qui allait bouleverser l’Histoire de France : le futur Henri IV.
Pour cette naissance, Henri d’Albret impose à sa fille d’accoucher à Pau. En effet, il lui présente deux conditions indispensables pour lui succéder sur le trône de Navarre : il doit pouvoir assister à son accouchement et sa fille doit chanter une prière béarnaise « Notre Dame du Bout du Pont » lors de l’accouchement afin de ne pas faire « une fille pleureuse ou un garçon rechigné » !
Jeanne d’Albret remplit les conditions et son père lui accrocha alors au cou une clef en pendentif donnant accès à son testament.
À Nérac, Jeanne va prendre la décision la plus importante de sa vie lorsqu’elle décide de se convertir au calvinisme en 1560. Elle fait alors de Nérac une capitale religieuse, l’une des capitales de la France protestante. Les raisons de cette conversion sont multiples :
Jeanne a baigné dans une atmosphère de tolérance religieuse auprès de sa mère Marguerite d’Angoulême, ce qui a pu favoriser sa conversion ;
Devenue une figure majeure du protestantisme, Jeanne d’Albret sut utiliser dans un premier temps la tolérance, puis par la suite son intransigeance religieuse mais sans verser une goutte de sang au nom de sa foi.
Ainsi, le 19 juillet 1561, Jeanne promulgue à Nérac ses premières ordonnances ecclésiastiques, très modérées : elle ménage les deux parties, les deux cultes étaient libres et célébrées alternativement dans la même église. Pourtant lors du Grand Tour de France de Charles IX, le roi de France et sa mère Catherine de Médicis rivale catholique de Jeanne d’Albret, séjournent à Nérac du 28 juillet 1565 au 1er août 1565. Ils passent ici pour tailler dans le vif l’un des plus importants foyers du protestantisme et tenter de fléchir la rugueuse Jeanne d’Albret…
En effet, depuis 1561, Jeanne d’Albret a ordonné la fermeture des couvents et églises d’Albret. Certains lieux de cultes auraient même été démantelés, les pierres de construction servant alors à l’aménagement de l’aile sud du Château de Nérac. Pour Jeanne d’Albret, ces quatre journées furent amères, ne disposant pas dans ce fief français de l’indépendance souveraine qu’elle avait en Béarn, elle dût obéir à Charles IX et accepter un retour en force du catholicisme. En 1566, Jeanne d’Albret va encore plus loin en promulguant le calvinisme comme religion d’État dans tout le Béarn et ainsi la fin de l’exercice du culte catholique.
Cependant, afin d’apaiser les tensions religieuses entre catholiques et protestants, Jeanne d’Albret et Catherine de Médicis vont unir leurs enfants respectifs par les liens du mariage. Cette union, celle d’Henri de Navarre et de Marguerite de Valois la reine Margot, sera surnommée « les noces vermeilles »…
En effet, Jeanne d’Albret qui décède peu avant les noces de son fils échappera au massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572, qui a lieu seulement six jours après le mariage d’Henri et de Margot.
Toujours dans les Jardins du Roi une tour octogonale sur deux niveaux, le Pavillon des Bains du Roy, pourrait avoir été édifié au début XVIème siècle sous Henri d’Albret.
Selon la tradition locale, les dames de la cour venaient s’y déshabiller afin de se baigner dans la Baïse, un usage sujet à discussion. Il est plus probable que le Pavillon fut tout d’abord un bâtiment défensif en raison de l’épaisseur des murs et de son intégration à une muraille puis plus tard un espace de repos, où l’on servait des collations en raison du relatif éloignement du château avec le jardin.
À son emplacement se trouve aujourd’hui un jardin d’évocation Renaissance aménagé en 2009 qui représente environ 1/10ème des jardins du XVIème siècle.
On doit également à Henri d’Albret la naissance de son petit-fils Henri IV au Château de Pau. Le roi de Navarre qui a peur pour sa lignée après avoir perdu un fils et deux petits-fils exige à sa fille Jeanne d’Albret d’accoucher à Pau qui offre plus de commodités pour l’événement attendu.
Surtout, Henri d’Albret veut être le seul maître à bord et laisser un rôle de figurant à son gendre Antoine de Bourbon, ce que montre très bien le tableau ci-contre que l’on peut admirer au Château-Musée Henri IV de Nérac.
Malheureusement, il n’aura pas le temps de transmettre à son petit-fils les ficelles du pouvoir décédant deux années plus tard en 1555.